Première séance du séminaire “Philosophie du web”

Sous la direction d’Alexandre Monnin et Harry Halpin,

Référence et identité sur Internet. Comment mettre le potentiel du Web au service de l’engagement discursif.

  • Samedi 28 janvier 2012, Salle Lalande, Sorbonne, 9h30-13h30
  • Dimanche 29 janvier 2012, Salle Triangle du Centre Pompidou (au droite de l’entrée du Centre, à côté du cube rouge), 10h00-16h00

Brian Cantwell Smith (University of Toronto, auteur du livre “On the Origin of Objects“) et Henry S. Thompson (University of Edinburgh, W3C Technical Architecture Group)

Le séminaire débutera par un récapitulatif de ce que le Web offre aujourd’hui pour établir des connexions, agrémenté de remarques sur le statut quelque peu problématique de ses principaux constituants, à savoir les URIs (Uniform Resource Identifiers). On établira (i) que nous ne pourrons libérer qu’une fraction des potentialités des engagements discursifs passant par le Web tant que ne parviendrons à subsumer sous un schème conceptuel unique, cohérent et unifié l’ensemble des formes de connexions ou de référence qu’on y rencontre et (ii) que le fait de s’atteler à cette tâche, outre son extrême difficulté (difficulté cependant sans commune mesure avec le fait traiter de manière acritique et sans restrictions aucunes l’identité et la référence aux entités situées en dehors du Web telles que les personnes, les lieux, le temps qu’il fait, le pourcentage d’adolescents qui fument, etc.) nécessite une fondation ontologique différente de celle sur laquelle s’appuie le Web d’aujourd’hui.

Au cours des cinquante dernières années, le consensus dans les sciences humaines et sociales aboutit à ne plus séparer les questions ontologiques relatives à la notion d’identité (ce que les choses sont) des questions épistémiques portant sur les représentations (comment nous y faisons référence, de quelle manière elles sont utilisées, à quelles fins, qui fait référence, etc.). Virtuellement tous les représentants des humanités et les chercheurs en sciences sociales s’accordent pour dire que l’ontologie et l’épistémologie sont intimement liées. Ce constat n’a pourtant guère eu d’impact sur les fondements formels du Web ou ses infrastructures. Le bricolage qui s’y effectue, basé sur des schémas analytiques tels que Common Logic, RDF, OWL, ou la logique formelle, est entièrement basé sur une “ontologie classique”, aux yeux de laquelle les objets sont supposés bénéficier de conditions d’identité stables, intrinsèques, et indépendantes de tout contexte.

Partant de ces considérations, on en conclura que libérer le potentiel d’engagements du discours humain supposera, en guise de condition expresse, d’élaborer un tissu conjonctif, c’est-à-dire une nouvelle espèce de connexion intelligible basée sur des fondements repensés de fond en comble afin de marier ontologie et épistémologie.

La difficulté est que nous n’avons aucune idée précise de l’apparence qu’une telle fondation doit revêtir. Alors que les humanités et les sciences sociales ne cessent de rappeler qu’épistémologie et ontologie vont main dans la main, elles n’ont pas, dans le passé – et ne sont pas susceptibles non plus de le faire à l’avenir – proposé le moindre schéma associant les deux, pouvant être formulé avec suffisamment de détails techniques pour envisager sa réalisation informatique. Une telle fondation technique devra donc être élaborée ab ovo.

Un tel but peut sembler ambitieux à outrance. Pourtant, si nous parvenons à l’atteindre, l’histoire rira de l’idée même que nous ayons jamais procédé autrement.