Atelier IC 2012

“Philosophie (du Web)
et
Ingénierie (des connaissances)”

De l’importance des agencements sur le web
(en partenariat avec l’atelier ICSC, organisé par Xavier Aimé et Gunnar Declerck, qui se déroulera l’après-midi)

 

Conférence IC 2012

Inscriptions sur http://ic2012.crc.jussieu.fr/index.php/inscriptions

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Atelier soutenu par le W3C.

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Programme

    • 9h30-10h15 : Eddie Soulier (UTT) : “Quelle ontologie sociale pour le Web social ? Vers une théorie des agencements”

 

    • 10h15-11h00 : Alexandre Monnin (Paris 1/IRI/INRIA) : “Agencer architecture et logique : le Web comme techno-logie”

 

    • 11h00-11h30 : Pause

 

    • 11h30-12h15 : Claire Ollagnon (Intactile Design), Véronique Pinet (Lycée Joliot Curie Sète), Alexandre Cavallaro (Talk-Map), Pierre Colle (Talk-Map) and Jean Sallantin (LIRMM UM2 CNRS) : “Philosophie du web : philosophie des outils ou philosophie des usages ?”

 

  • 12h15-13h00 : Discussions

Présidence :

  • Alexandre Monnin

Comité d’initiative :

  • Bruno Bachimont (UTC, INA)
  • Aurélien Bénel (UTT)
  • Jean-Pierre Cahier (UTT)
  • Nicolas Delaforge (INRIA)
  • Gunnar Declerck (UPMC)
  • Fabien Gandon (INRIA)
  • Alain Giboin (INRIA)
  • Harry Halpin (IRI)
  • Alexandre Monnin (Paris 1, IRI, INRIA, CNAM)
  • Jean Sallantin (CNRS)
  • François Scharffe (U. de Monpellier 2)
  • Eddie Soulier (UTT)
  • Milan Stankovic (Paris Sorbonne)
  • Yuk Hui (IRI)
  • Manuel Zacklad (CNAM)

On a récemment pu affirmer que le Web n’était pas un hypertexte : hypotexte[1] prompt à engendrer la désorientation des lecteurs selon Bruno Bachimont, Web de ressource pour Alexandre Monnin, ou tout simplement système technique en-deçà des exigences d’un hypertexte digne de ce nom selon l’inventeur de terme, Ted Nelson. S‘il passa malgré tout longtemps pour l’archétype de cette notion, ce fut essentiellement par ignorance de son architecture, bâtie autour de la notion de ressource. L’un des apports du « style d’architecture » REST[2] fut en effet d’introduire ce concept, permettant du même coup de rendre sa cohérence à un tel édifice, tant ex ante qu’ex post – le Web, fût-il de documents ou d’entités, étant avec tout, du point de vue des standards, un Web de ressources.

Un tel énoncé paraît pourtant surprenant pour quiconque entend dépasser cette vue architecturale pour prendre en compte le rôle disruptif des nouveaux acteurs tels que Google ou Facebook. Après tout, Google ne traite-t-il pas le Web à la manière d’un hypertexte composé de documents dont il mesure constamment l’audience avec des outils eux-mêmes issus de la bibliométrie, à commencer par les travaux, pionniers en la matière, d’Eugen Garfield ? L’on aurait pourtant tort de penser qu’il s’agit seulement d’une interprétation : Google fait en effet un certain usage du Web tenant à la fois du défaut par évitement (il ignore sciemment la négociation de contenus qui l’obligerait à répartir le poids du pagerank sur un nombre indéfini de représentation, l’obligeant à réintroduire du même coup la dichotomie entre ressources et représentations) que de l’excès par surcroît d’ingénierie. Et de l’ingénierie il en faut pour traiter les URIs comme des URLs, soit comme des identifiants entrant dans une relation fonctionnelle (1:1) d’accès à des pages, ce qui ne se peut qu’à la condition de maintenir un cache immense, susceptible, au moins aux yeux des utilisateurs, de se substituer au Web lui-même. En ce sens, Google s’agence bel et bien avec le WWW d’une manière qui reste à étudier dans le détail, souvent bien éloignée des perspectives du W3C.

De la même manière, l’ingénierie des connaissances et le Web présentent nombre d’agencements problématiques dont cet atelier entend fournir l’examen. RDF, en tant que standard, respecte de manière seulement très partielle l’architecture du Web. Ainsi ne traite-il les URIs, comme l’avait noté Patrick Hayes lors de son fameux keynote de 2009 sur la Blogic[3], qu’à la manière de simple noms propre logiques, en lieu et place des noms propres déréférençables associant les fonction d’identification d’une ressource à celle de l’accès à ses représentations – ce que sont pourtant les URIs, nous renvoyant à un aspect fondamental du Web. Aujourd’hui, cette différence explique l’absence de symétrie déjà soulignée entre le graphe du Web, graphe de ressources identifiées par des URIs, et un graphe RDF contenu dans un triple store (composé en outre de litéraux et de blank nodes, interrogeable qui plus est via SPARQL, donc d’une manière fort peu conforme à REST et présentant des similitudes avec SOAP…). Il convient donc désormais de penser l’agencement entre les standards d’un même organisme de standardisation eux-mêmes – ce qui ne surprendra guère, au reste, celles et ceux qui travaillent à les produire[4].

Mentionnons également à titre d’exemple les liens entre les sémantiques de RDF, RDFS et OWL (1 et 2), suffisamment complexes pour que fussent élaborées des tentatives dans le seul but de les éclaircir[5]. Si l’on ajoute à cet agencement entre standards la figure de l’utilisateur, qui doit elle-même s’agencer à cet assemblage d’une manière ou d’une autre, l’on comprend alors que des différences importances ne sont pas à exclure lorsque en cas de recours à des modèle de connaissance largement hétérogènes (on peut d’ailleurs inclure les topic maps dans ce paysage). Les liens entre RDF et SKOS (langage de représentation des connaissances à part entière ou simple ontologie des thésaurus ?[6]) fournissent également un cas intéressant à l’analyste sous ces deux angles. Le cycle de vie de Dbpedia, lorsqu’on lui restitue sa pleine richesse, constitue en outre un objet de choix pour repenser le statut des bases de connaissances dans l’optique de la contribution et d’un savoir soumis aux révisions incessantes. Quant à la question du document, notons que c’est précisément la nature non-documentaire du Web qui aura suscité un besoin très fort de redocumentarisation sous forme de traces, assimilées à des métadonnées (dont les entêtes de retour d’une représentation, le contenu d’une URIs – malgré l’axiome d’opacité, la négociation de contenu, etc.).

[1] Bachimont, Bruno. Du texte à l’hypotexte : les parcours de la mémoire documentaire. In Lenay, Charles, Havelange, Véronique. Mémoire de la technique et techniques de la mémoire. Toulouse : Erés, 1999. p. 195-225.
[2] Exposé dans la thèse de Roy Fielding, Architectural Styles and the Design of Network-based Software Architectures, et l’article co-écrit avec Richard Taylor : Principled design of the modern Web architecture. ACM Trans. Internet Technol. 2, 2, May 2002, 115-150.
[3] BLOGIC or Now What’s in a Link?, ISWC 2009, Keynote, disponible sur http://videolectures.net/iswc09_hayes_blogic/
[4] RDF traite également chaque ressource comme un individu membre d’une classe, une classe ou une propriété, en contradiction avec la définition de la ressource qui peut bien être « n’importe quoi » (et non « n’importe quoi à condition d’être également une classe ou… »). Cette question est particulièrement pressante dans le cas de certaines ressources qui se définissent expressément contre les classes (ce qu’illustrent certaines approches ontologiques de la notion d’espèce biologique qui voit dans les espèces des individus et non des classes par exemple).
[5] C’est notamment le cas de LBase, fruit du travail de deux figures majeures du Web Sémantique, Ramanathan V. Guha et Patrick J. Hayes. Cf. « LBase: Semantics for Languages of the Semantic Web », W3C Working Group Note 10 October 2003, http://www.w3.org/TR/lbase/
[6] Cf. en particulier le paragraphe 1.3 de la recommandation « SKOS Simple Knowledge Organization System Reference », du 18 août 2009 : http://www.w3.org/TR/2009/REC-skos-reference-20090818/

Deux types de contributions à cet atelier sont attendus :

    • Des travaux portant sur des exemples concrets pouvant servir aux chercheurs de la communauté IC afin d’améliorer leur connaissance du Web comme du Web Sémantique (de ce point de vue, un article tel que « Three Theses of Representation in the Semantic Web »[7] de Ian Horrocks et Peter P. Schneider fournit un assez bon exemple de contribution potentielle)

 

  • Susciter la réflexion autour d’une théorie plus générale des assemblages nourrie d’exemples concrets inspirés du Web pour mieux les éclairer en retour. Les travaux de Graham Harman sur l’ontologie orientée-objet, de Bruno Latour sur l’importance des médiateurs et des réseaux, de Peter Sloterdijk, Gilles Deleuze ou encore Alfred North Whitehead peuvent fournir l’arrière-plan théorique d’une telle réflexion ; la philosophie se devant d’être attentive aux détails qui n’en sont pas !

[7] Ian Horrocks, Peter F. Patel-Schneider. In Proceedings of the 12th international conference on World Wide Web (2003).

Dates importantes :

Envoi d’un résumé de 2 pages de la communication (qui sera publié dans les actes numériques) : 4 juin 2012
Date de l’atelier : lundi 25 juin 2012

Les soumissions se font sur Easychair (au format PDF) : https://www.easychair.org/conferences/?conf=pwic2012Mentionnons également à titre d’exemple les liens entre les sémantiques de RDF, RDFS et OWL (1 et 2), suffisamment complexes pour que fussent élaborées des tentatives dans le seul but de les éclaircir[

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