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3e séance du séminaire « Artefacts numériques et matérialités » : « Travail, données, œuvres : de l’art contemporain à l’open data, quelques trajets d’instauration équipés », Alexandre Monnin et Jérôme Denis

3e séminaire « Artefacts numériques et matérialités »

                   « Travail, données, œuvres :                          De l’art contemporain à l’open data,
quelques trajets d’instauration équipés »

 

Mercredi 17 février 14h30, MSHS,                                                                        et Jeudi 18 février 10h00, I3S, Salle du Conseil

Co-organisé par

Lise Arena (Sciences de Gestion, GREDEG/MSHS),
Bernard Conein (Sociologie, GREDEG/MSHS)
Alexandre Monnin (Philosophie du Web, INRIA-I3S, équipe Wimmics)

Mercredi 17 février, 14h30, salle 129, MSHS

Alexandre Monnin (INRIA-I3S, équipe wimmics) (avec la participation de Jérôme Denis) : Re-Source : une archive en temps réel pour outiller et saisir l’instauration des œuvres d’art (contemporaines) en train de se faire.
Résumé : Lafayette Anticipation Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, jeune institution du monde de l’art contemporain, a lancé plusieurs chantiers en prélude à son ouverture au grand public courant 2017. Le premier est architectural, au sens classique du terme. Il comprend la réhabilitation d’un bâtiment imaginé par Rem Koolhaas et ses équipes en plein centre de Paris. Le second, baptisé R,e-Source, dont j’ai la charge depuis 2014, constitue le pendant numérique du premier. Il n’en demeure pas moins architectural lui aussi, visant la réalisation d’une plate-forme d’archivage sémantique en temps réel, véritable prolongement de la Fondation, outillant les diverses activités de ses membres. Au centre de leurs activités, justement, figurent la production et l’accompagnement des œuvres comme des artistes, véritables finalités de cette institution. L’archivage des tâches de suivi accomplies au quotidien par les équipes de la Fondation doit livrer une vue inédite sur la production, y compris ses aspects les plus matériels, et permettre d’en partager les fruits en interne (sur un mode réflexif), auprès des artistes (sur le mode de la négociation) mais aussi du grand public (en rendant palpables les critères de félicité attachés aux œuvres singulières) ; production et publication formant désormais un tissu sans couture. Aussi le travail réalisé sur Re-Source s’inspire-t-il de plusieurs courants académiques, en particulier dans le champs des Science and Technology Studies : ethnographies de laboratoires (Latour, Knorr Cettina, Lynch), du travail caché (Susan Leigh Star) mais aussi cartographie des controverses. L’analyse du travail et des activités déployés au sein de la Fondation s’appuie d’ailleurs sur une ethnographie réalisée en 2015 par Jérôme Denis dans la cadre d’un partenariat avec Télécom ParisTech.

Re-Source a pour ambition de jeter un regard inédit sur l’art contemporain dont l’essentiel n’est toutefois pas la transparence mais bien l’appui conféré aux artistes et aux œuvres, ce qui exige, comme l’ont montré les retours des artistes associés au projet, la mise en place d’une dialectique subtile associant la mise en visibilité et l’invisibilisation des coulisses de l’activité artistique (interrogeant de facto le type d’énonciation propre à cette activité). Sur le fond, loin de réduire les œuvres à des projets ou des processus, Re-Source entend s’inspirer de la philosophie de l’instauration d’Etienne Souriau (Souriau 1956, “Du mode d’existence de l’œuvre à faire”, Hennion et Monnin 2015, “Sous la dictée de l’ange, Enquêter sous le signe d’Etienne Souriau”) et lui donner corps , tout en soulignant, au-delà de Souriau lui-même, l’importance d’une prise en compte du caractère distribué de l’agentivité qui préside à l’instauration artistique pour suivre et donner à voir, à partir du recueil de traces et de leur mise en données, la trajectoire d’œuvres en train de se faire mais aussi les bifurcations qui les traversent et les exigences dont elles témoignent. En d’autres termes, il s’agit de mettre en place les conditions propices à un fonctionnement “responsable” (Antoine Hennion) de l’art.

Jeudi 18 février, 10h00, Salle du conseil, I3S

Jérôme Denis (Sociologie, Télécom ParisTech): “Façonner les données. Travail et valeurs de l’information”
En 2009, dans une allocution qui a fait date, Tim Be rners-Lee a fait scander par le public de sa célèbre conférence TED « We want raw data! » En quelques années,  les données se sont retrouvées au cœur de la vie publique. Ouvertes et/ou massives,
présentées comme des ressources naturelles, elles sont rarement questionnées en tant que telles, mais toujours au nom des révolutions politiques, scientifiques et économiques que leurs usages et leurs traitements permettraient. Dans cette présentation, je reviendrai sur les différents postulats de cette euphorie contemporaine, et je montrerai à partir d’un rapide retour historique et de deux études de cas (l’une sur l’open data, l’autre sur la production de données de cyclabilité) l’intérêt de questionner le travail qui préside à l’existence même des données ainsi que les formes de son invisibilisation.

1ère séance du séminaire “Artéfacts numériques et matérialités”

Annonce du séminaire “Artéfacts numériques et matérialités”:

Comme annoncé lors de la journée de séminaires interdisciplinaires de l’UNS le 20 Novembre dernier et dans le cadre du programme “artefacts et coordination” de l’axe “TIC, Usages et Communautés” de la MSHS Sud-Est, le premier atelier du cycle de séminaires joints MSHS/GREDEG/INRIA-I3S-Wimmics sur le thème “artefacts numériques et matérialités” aura lieu le vendredi 4 décembre de 11h30 à 17h dans les locaux d’I3S (Salle du conseil). Cette première journée de réflexion permettra de situer le débat pluridisciplinaire par rapport à des textes significatifs sur la nature des artefacts numériques. Le programme est en PJ.

Tout au long de l’année, ce séminaire combinera des journées pluridisciplinaires de réflexion “interne” et des invitations de collègues extérieurs spécialistes des thématiques des artefacts numériques et des différentes formes de matérialités.
Comme premier intervenant extérieur, nous accueillerons Paul Smart (Faculty of Physical Sciences and Engineering, University of Southampton) le 7 janvier 2016 à la MSHS Sud-Est. Nous recevrons en février (date à confirmer) Michael Wheeler (Faculty of Philosophy, University of Stirling) dans les locaux d’I3S.

En vous espérant nombreux à cette première journée de séminaire du 4 décembre,
Bien cordialement,

Lise Arena, Bernard Conein et Alexandre Monnin

Intervention au Hochschule für Bildende Künste, à Braunschweig le 23/11

A l’invitation d’Irina Kaldrack, j’interviendrai le 23 novembre à la Hochschule für Bildende Künste de Brunswick de manière à prolonger la réflexion entamée dans le cadre du semestre que le DCRL de Lüneburg consacre au “Non-Knowledge in the Digital Age”.

Mon intervention s’intitulera :

Caring for all objects, caring for some of them: instauration (destauration)/disclosing (forclosing)/futuring (defuturing).

The current era is split into two conflicting directions. On the one hand, ​universities, research centers and tech companies are pressing for more progress with the “tempting promises” of smart cities, the Internet of Things (IoT), crypto currrencies, ​and the likes – ​only to mention a few ​of ​those that have come to populate our present​ as of late​. Tech entrepreneur no longer strive for money: their ambition is a philosophical one, being​ true​ “world discloser” (Dreyfus, Flores, Espinosa). On the other hand, talks about the Anthropocene points to a future that is ​largely ​inconsistent with these technical developments. ​Yet, these futures seem to live lives totally separated from one another. ​Both issues nevertheless share one central aspect: their relationship to objects. Many objects are now doomed (if not crafted) to end up as trash, pointing to the careless relationship we entertain with most of them. ​At the same time, contemporary ​works ​from​ various disciplines have helped us to ​deeply modify our views of animals, plants, ​artifacts, etc. The latter do indeed disclose surprising ontological properties when properly taken care of. This kind of knowledge demands that we recast the relationships we now entertain with these entities ​- ​and ​eventually, with ourselves. One could argue, following Brian Cantwell Smith​, ​whose turn to objects long predates speculative realism and OOO​,​ that being an objects is a matter of care (​and ​this actually extends to the dark side of care). An objects is always more than itself​, requiring some care. In other words, ontology extends outside the sphere of pure necessity. ​One might understand the activity through which it is extended as “instauration”, “disclosing” or “futuring”. ​The problem is that we’re now facing a situation where objects compete for ​​our​​ capacity to care and keep the world inhabitable. That is why in addition to such concepts as “instauration” (E. Souriau), ​”​disclosing​”​ (Heidegger) and ​”​futuring​”​, we must make room for their counterparts: “destauration”, ​”​forclosing​”​ and ​”​defuturing​”​ (Tony Fry). ​All with equal, if not more, care.