J’interviendrai dans le cadre du séminaire préparatoire aux Entretiens du Nouveau Monde Industriel 2012 intitulé :
“DIGITAL STUDIES, ORGANOLOGIE DES SAVOIRS ET TECHNOLOGIES INDUSTRIELLES DE LA CONNAISSANCE“
Séminaire organisé en partenariat avec l’ENSCI-Les Ateliers, l’Institut Télécom, Alcatel Lucent Bell Labs, la direction de l’innovation de France Télévision et France 5 et Microsoft France
Titre de mon intervention : “Philosophie du Web et Ingénierie Philosophique.”
Le 13 mars dernier, lors du séminaire muséologie que je coordonne côté IRI, l’annonce a été faite du lancement du projet SemanticPedia, le DBpedia francophone. Ayant été avec Bertrand Sajus à l’origine de son lancement, j’interviens aujourd’hui sur ce projet comme chercheur associé à l’INRIA, dans l’équipe Wimmics de Fabien Gandon, qui le pilote. Il est financé par le Ministère de la Culture et bénéficie du soutien, ô combien important, de l’association Wikimédia France. Cette annonce ne nous éloigne guère des préoccupations philosophiques comme j’essaierai de le montrer lors de mon intervention à l’ENS le 17 mars prochain.
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Program:
09:00-09:20 Introduction to the Workshop
Session 1: Web and Society
09:20-10:00 Scott Lash (Invited Speaker)
10:00-10:15 Coffee Break
10:15-10:35 Michalis Vafopoulos, Petros Stefaneas, Ioannis Anagnostopoulos and Kieron O’Hara: A methodology for internal Web ethics
10:35-10:55 Eddie Soulier: What Social Ontology for Social Web? An assemblage theory promoted.
10:55-11:10 Discussion
Session 2: Web and Cognition
11:10-11:50 Stevan Harnad (Invited Speaker)
11:50-12:10 Andreas Beinsteiner: Filter Bubble and Enframing: On the Self-Affirming Dynamics of Technologies
12:10-12:25 Discussion
12:25-14:00 Lunch Break
Session 3: Web and Language
14:00-14:40 Francois Rastier (Invited Speaker)
14:40-15:00 Aurélien Bénel: Where do ‘ontologies’ come from? Seeking for the missing link
15:00-15:20 Philippe Lacour: Web metaphysics between logic and ontology
15:20-15:30 Discussion
Session 4: Web and Logic (& computation)
15:30-16:10 Chris Menzel (Invited Speaker)
16:10-16:30 Alexandre Monnin, Nicolas Delaforge and Fabien Gandon: CoReWeb Ontology: From linked documentary resources to linked computational resources
16:30-16:50 Jaimie Murdock, Cameron Buckner and Colin Allen: Containing the Semantic Explosion
16:50-17:00 Discussion
W3C TAG panel on architecture of the Web philosophy
17:00-18:00 Tim Berners-Lee, Larry Masinter, Henry S. Thompson
Quelle forme de vie philosophique au XXIe siècle ?
Esquisse d’une réponse du point de vue de la philosophie du Web, entre ontologie(s) et ontogonie.
Résumé :
Le développement du numérique et du Web est indubitablement de nature à questionner nos formes de vie et leurs transformations contemporaines. C’est également l’occasion d’interroger cette notion attachée au penchant « naturaliste » qui représente une part non négligeable de la pensée de Wittgenstein. Le sociologue américain Scott Lash parle pour sa part de « formes de vie technologiques ». On pense immédiatement aux bouleversements anthropologiques portés par l’évolution des supports de pensées. Ces thèses ont été abondamment illustrées sous la plume d’Andy Clark, Michael Wheeler et Harry Halpin. Cependant nous nous intéresserons moins ici au devenir de l’homme qu’à celui de la philosophie et de l’activité philosophique elles-mêmes.
L’architecture du Web nous met au prise d’un processus de devenir ou de reprise (cela, précisément, nécessite d’être évalué) de concepts philosophiques parmi les plus important que la tradition ait légués : objet, nom propre, ontologie. Chacun à leur manière, ils acquièrent une vie nouvelle sous la forme d’artefacts techniques : « ressources », URIs, ontologies.
D’une part, un tel mouvement, qui ne saurait demeurer à sens unique, vers les objets qui leur ont succédé, interroge également le statut des concepts ainsi arraché à leur contexte d’origine. Philosophe-t-on aujourd’hui comme hier avec la mêmes matière et de la même manière ? Y a-t-il encore un sens à se situer à l’intérieur de traditions bien établies telles que la phénoménologie ou la philosophie analytique, lors même que leurs concepts franchissement allègrement les frontières usuelles, et que la discussion se poursuit ailleurs, dans un idiome en surface, mais en surface seulement, identique à celui qui l’a précédé ? Au cours des quinze dernières années, les débats autour du nom propre se sont en effet poursuivis en philosophie comme si de rien n’était, sans éclat notable. Dans le même temps, les architectes du Web se saisissaient de cet objet et, sans en modifier volontairement la définition, en firent le premier pilier du Web, qui allait permettre de répondre à la lancinante question du rapport entre mots et choses en associant les pensées de Frege, Russell, Wittgenstein et Kripke de manière inédite. Ainsi, le Web, du point de vue des standards, rompt-il avec la définition proposée par Jules Vuillemin du système philosophique, bâti sur les contradictions logiques entre les grandes écoles philosophiques. Il ne débouche pas non plus sur un affaissement du transcendantal et de l’ontologique dans l’empirique comme le suggère Lash, au nom d’un « monisme de la technique ». La contradiction logique n’est pas dépassée par l’op-position factuelle (deux termes que Vuillemin mettait déjà en relief) mais par la com-position artefactuelles, qui associe par la médiation de l’artefact, les vertus de positions philosophiques concurrentes. Les fonctions des concepts deviennent du même coup des fonctionnalités dont il devient loisible d’assurer la coexistence en vertu d’un tertium datur qui n’oblige pas à renoncer à toute forme de cohérence.
D’autre part, à mesure que ce mouvement se poursuit, le philosophe voit, sans toujours en prendre conscience, ses outils de travail lui échapper. La conséquence en est une véritable prolétarisation. Douce et passive, cependant, dans la mesure où l’activité se poursuit « comme si de rien n’était ». Certains signes toutefois ne trompent pas. D’aucuns ont ainsi tranché dans le vif, à l’instar de Barry Smith qui ne se dit plus philosophe aujourd’hui mais « ontologue », œuvrant désormais dans le seul domaine de l’ingénierie des connaissances. Le paradoxe de la forme de vie technologique ne serait-il pas dès lors de mobiliser à nouveaux frais les concepts de la philosophie tout en rendant caduque cette activité ? Il nous semble, à rebours d’un tel jugement qui ne manque pourtant ni de force ni d’exemples pour l’illustrer, qu’il est possible de répondre à cette question en apportant quelques nuances. La portée ontologique du Web provient effectivement de ce qu’il recèle en son sein le concept de « ressource » qui permet d’ouvrir à nouveaux frais la question ontologique. Car la ressource peut-être « n’importe quoi », à l’instar de l’objet qui constitue la véritable focale de la tradition ontologique (pour peu que l’on fasse remonter ce concept à ses origines, soit au XVIIe siècle…). Il n’appartient donc pas au philosophe, en surplomb, ni même en retrait, depuis on ne sait quel cache où, seul, il fourbirait ses armes à l’écart du monde, de trancher cette question. Partout, l’écart diminue et ces anciens « privilèges sont en crise » (S. Lash). Les nouveaux outils d’indexation mettent cette problématique à la portée de tout un chacun – non des seuls philosophes ou ingénieurs. Le Web conditionne donc la manière dont se pose cette question. Pour autant, et contrairement à nouveau à ce que pense Lash, l’ontologie n’est pas victime du fait d’être conditionnée par l’emprise de notre forme de vie technologique (le caractère ontogonique de la technique). A partir de récents travaux de Pierre Livet consacrés à l’ontologie du Web, on peut reconstituer les opérations qui ont permis de faire émerger les objets qui autorisent à concevoir cette architecture (et, par conséquent, à désoffusquer l’horizon ontologique). Loin de se réduire à des processus épistémiques, elles ouvrent la perspective d’une ontologie d’opérations constitutives d’une ontologie d’entités dont le grain s’affine au fur et à mesure. Des allers retours ne sont toutefois pas à exclure sur la chaîne de ces opérations, laissant ainsi en définitive ouverte la question de la nature des constituants ultime de notre ontologie.
Nous conclurons en partant de cette perspective, la seule politiquement viable. Ce qui comporte un prix à payer, l’objet devenant faillible et contextuel, accompagnée d’un gain simultané, cette faillibilité ouvrant l’espace de la controverse, des tractations et de l’échange. Les questions ontologiques doivent dès lors être ressaisies sous un angle cosmopolitique (au sens de B. Latour). Nous nous appuierons ici sur un projet en court que nous avons co-initié, portant sur la sémantisation de l’encyclopédie Wikipédia à l’aide des technologies du Web Sémantique, illustrant ainsi la position nouvelle du philosophe, qui ne participe à l’expérimentation de ces nouvelles formes de vie qu’à la condition expresse d’accepter dans le même temps de voir la sienne se transformer.
Pour la seconde séance du séminaire “Philosophie du Web”, nous aurons le plaisir d’accueillir Blaine Cook http://en.wikipedia.org/wiki/Blaine_Cook_(programmer)
The Unity of Babel
The foundations of the web have enabled an unparalleled expansion of all aspects of human communication and knowledge. In the past decade, we’ve seen the emergence of a new layer of social engagement upon that foundation. However, the realisation of that social layer is distinctly at odds with the foundation of the web. The web still holds myriad opportunities for enabling new expression. The question that remains is how will we get there, and what sacrifices will we need to make along the way?
et Michal Osterweil:
Rethinking Realpolitik: The Alterglobalization movement and beyond
In this talk Osterweil presents the outlines for an ontological vision of social change arguing that the so-called “failure” of many contemporary social movements to achieve “real” change is actually the result of failures in perception and an inability to recognize the distinct versions or planes of the Real that are at play and at stake. Notably of late, even many who previously lauded these movements, now criticize them for being too dispersed, too open-ended; too focused on form rather than concrete demands or outcomes; these critics call for a return to a more “realistic” or pragmatic politics. Based on her ongoing research with various activist networks and spaces– Osterweil argues that we must re-vision our understanding of the political aims and impacts of contemporary social movements. They must be understood to be creating new worlds, new designs for living, –participating in what Winograd and Flores might refer to as practices of “ontological design.” As such their effectiveness is not necessarily measurable or visible in the modern political terrain defined almost exclusively by a rationalistic Western and Modern ontology. It is no surprise then that certain actors—namely indigenous movements, feminists and some activists involved in networked forms of protest—virtual and actual—may be understood to be more disposed to, or already involved in, these different ways of knowing-being-doing in the world. In fact many of the characteristics that the Alterglobalization and more recent movements are criticized for —i.e. decentralization, dispersal, form over content, openness, multiplicity – are some of the same elements we appreciate in the Web (at least the idealized versions of it)– raising interesting questions about the actual and potential relationship between such ontological politics and digital technologies.
Cette séance aura lieu d’abord en Sorbonne, salle Lalande, le 3 mars (14h-17h00), puis au centre Pompidou (10h00-17h00), salle Triangle, le lendemain.