Web We Can Afford (W3C community group)

J’ai initié il y a quelques jours un Community Group intitulé Web We Can Afford (pendant de l’initiative “Web We Want” lancée par Tim Berners-Lee dans le but de créer les conditions d’une “re-décentralisation” du Web) au sein du W3C. Son objectif est non seulement de se pencher sur les conséquences environnementales du numérique en général et du Web en particulier mais aussi et surtout d’imaginer ses évolutions, en particulier au plan architectural, à l’ère de l’Anthropocène dans laquelle nous sommes entrés.

Le groupe est libre d’accès, il suffit de se créer un compte sur le site du W3C pour s’y inscrire.

Présentation du groupe (en anglais) :

Most scientists now seem to agree that we’ve entered a new epoch dubbed the “Anthropocene”, where the environmental consequences of human development have a tremendous impact on Earth’s equilibrium. Those effects are already set in motion and will have far-reaching consequences in the coming years despite all the measures we could take to mitigate them (considering we simply do not fail to take action). While trying to avoid some of the consequences of the Anthropocene is an issue that is well-worth striving for, another task would be to reconsider the design of things at the time of the Anthropocene and that includes the Web. For instance, a 2008 study by the University of Dresden stated that if no measure was taken, the energy needed to power the infrastructure of the Web in 2030 would be tantamount to the energy consumed by humanity in 2008.

The agendas of the stakeholders who are trying to set the Web forward in motion are mainly focused on adding new technological layers to the existing ones. Yet, the logic behind these developments remains that of tapping into unlimited resources, not limited ones. Lots of endeavors are currently focused on reshaping the Web into a “Web we want”, a redecentralized open Web fit for an enlightened digital age. Those who advocate such an agenda and those who oppose it generally both share a common assumption: that enlightened or not, the future will be even more digital than the present. Yet, life at the time of the Anthropocene, at least in the coming decades, might not remain as pervasively digital as it is today. Other efforts that see the ongoing battle for the decentralization of the Web as an opportunity to “downscale” it (in particular in Africa) seem to be aware of that. Maybe it’s time to take into account other perspectives on the future and concretely act towards building a sustain-able (Tony Fry) Web. In other words, a Web We Can Afford.

This group would like to reconcile the development of the Web and an awareness to the environmental issues by appealing to Web architects and designers, eco-designers, activists, philosophers, social scientists, etc., so as to make the issue a public one to begin with, before devising a set of guidelines as a first step towards concrete action.

En français :

Une majorité de scientifiques semble aujourd’hui s’accorder pour affirmer que nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle de l’Anthropocène, où les conséquences du développement humain exercent un impact profond sur les équilibres terrestres. Ces effets au long cours feront sentir leurs conséquences tout au long des prochaines décennies et ce en dépit des mesures qui seront prises afin de réduire les émissions en vue d’infléchir la montée des températures (pour peu, évidemment, que nous nous attelions sérieusement à un tel objectif). S’il est louable de chercher à endiguer certains des effets annoncés de l’effondrement à venir, toute autre est la tâche visant à repenser le design en prenant actes de notre entrée dans Anthropocène, et ceci s’applique également au Web. A titre d’exemple, une étude datant de 2008, réalisée par l’université de Dresde et citées dans un rapport de l’Ademe, indiquait qu’à échéance de l’année 2030 la consommation des infrastructure du Web (côté serveurs) équivaudrait à la consommation mondiale d’énergie sur l’ensemble de l’année 2008.

L’agenda des parties prenantes qui dessinent les futurs du Web consiste surtout à empiler de nouvelles couches de standards ou de technologies sur les couches existantes. En ce sens, la logique qui préside à leur action exige l’accès à des ressources en constante augmentation. Les efforts de nombre de ces acteurs convergent actuellement vers un objectif ambitieux : re-décentraliser le Web (dans le cadre de l’initiative “Web We Want”) afin de faire advenir de nouvelles Lumières tirant partie des potentialités du numérique. Ceux qui se donnent cet objectif comme ceux qui s’y opposent partagent néanmoins un présupposé commun : la croyance que, quoi qu’il arrive, le numérique occupera une place de plus en plus prégnante à l’avenir. Pourtant, rien ne dit que la présence du numérique dans nos vie demeurera ubiquitaire au temps de l’Anthropocène. D’autres initiatives en sont conscientes, qui s’inscrivent dans la lutte actuelle pour un Web moins centralisé tout en s’efforçant de développer des approches plus frugales et locales (downscaling), en particulier en Afrique. Peut-être est-il temps d’adopter d’autres perspectives et d’œuvrer en faveur d’un Web non-destructeur d’avenir (sustain-able, Tony Fry). En d’autres terme, un “Web We Can Afford”.

Ce groupe entend par conséquent réconcilier les développements du Web avec une prise de conscience des enjeux environnementaux en s’adressant à des architectes et autres designers Web, des éco-designers, des activistes, des philosophes et autres chercheurs en sciences sociales, afin de porter ces enjeux sur la place publique avant d’élaborer ensemble des recommandations en guise de premier pas préparant de nouvelles actions concrètes.

3e séance du séminaire « Artefacts numériques et matérialités » : « Travail, données, œuvres : de l’art contemporain à l’open data, quelques trajets d’instauration équipés », Alexandre Monnin et Jérôme Denis

3e séminaire « Artefacts numériques et matérialités »

                   « Travail, données, œuvres :                          De l’art contemporain à l’open data,
quelques trajets d’instauration équipés »

 

Mercredi 17 février 14h30, MSHS,                                                                        et Jeudi 18 février 10h00, I3S, Salle du Conseil

Co-organisé par

Lise Arena (Sciences de Gestion, GREDEG/MSHS),
Bernard Conein (Sociologie, GREDEG/MSHS)
Alexandre Monnin (Philosophie du Web, INRIA-I3S, équipe Wimmics)

Mercredi 17 février, 14h30, salle 129, MSHS

Alexandre Monnin (INRIA-I3S, équipe wimmics) (avec la participation de Jérôme Denis) : Re-Source : une archive en temps réel pour outiller et saisir l’instauration des œuvres d’art (contemporaines) en train de se faire.
Résumé : Lafayette Anticipation Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, jeune institution du monde de l’art contemporain, a lancé plusieurs chantiers en prélude à son ouverture au grand public courant 2017. Le premier est architectural, au sens classique du terme. Il comprend la réhabilitation d’un bâtiment imaginé par Rem Koolhaas et ses équipes en plein centre de Paris. Le second, baptisé R,e-Source, dont j’ai la charge depuis 2014, constitue le pendant numérique du premier. Il n’en demeure pas moins architectural lui aussi, visant la réalisation d’une plate-forme d’archivage sémantique en temps réel, véritable prolongement de la Fondation, outillant les diverses activités de ses membres. Au centre de leurs activités, justement, figurent la production et l’accompagnement des œuvres comme des artistes, véritables finalités de cette institution. L’archivage des tâches de suivi accomplies au quotidien par les équipes de la Fondation doit livrer une vue inédite sur la production, y compris ses aspects les plus matériels, et permettre d’en partager les fruits en interne (sur un mode réflexif), auprès des artistes (sur le mode de la négociation) mais aussi du grand public (en rendant palpables les critères de félicité attachés aux œuvres singulières) ; production et publication formant désormais un tissu sans couture. Aussi le travail réalisé sur Re-Source s’inspire-t-il de plusieurs courants académiques, en particulier dans le champs des Science and Technology Studies : ethnographies de laboratoires (Latour, Knorr Cettina, Lynch), du travail caché (Susan Leigh Star) mais aussi cartographie des controverses. L’analyse du travail et des activités déployés au sein de la Fondation s’appuie d’ailleurs sur une ethnographie réalisée en 2015 par Jérôme Denis dans la cadre d’un partenariat avec Télécom ParisTech.

Re-Source a pour ambition de jeter un regard inédit sur l’art contemporain dont l’essentiel n’est toutefois pas la transparence mais bien l’appui conféré aux artistes et aux œuvres, ce qui exige, comme l’ont montré les retours des artistes associés au projet, la mise en place d’une dialectique subtile associant la mise en visibilité et l’invisibilisation des coulisses de l’activité artistique (interrogeant de facto le type d’énonciation propre à cette activité). Sur le fond, loin de réduire les œuvres à des projets ou des processus, Re-Source entend s’inspirer de la philosophie de l’instauration d’Etienne Souriau (Souriau 1956, “Du mode d’existence de l’œuvre à faire”, Hennion et Monnin 2015, “Sous la dictée de l’ange, Enquêter sous le signe d’Etienne Souriau”) et lui donner corps , tout en soulignant, au-delà de Souriau lui-même, l’importance d’une prise en compte du caractère distribué de l’agentivité qui préside à l’instauration artistique pour suivre et donner à voir, à partir du recueil de traces et de leur mise en données, la trajectoire d’œuvres en train de se faire mais aussi les bifurcations qui les traversent et les exigences dont elles témoignent. En d’autres termes, il s’agit de mettre en place les conditions propices à un fonctionnement “responsable” (Antoine Hennion) de l’art.

Jeudi 18 février, 10h00, Salle du conseil, I3S

Jérôme Denis (Sociologie, Télécom ParisTech): “Façonner les données. Travail et valeurs de l’information”
En 2009, dans une allocution qui a fait date, Tim Be rners-Lee a fait scander par le public de sa célèbre conférence TED « We want raw data! » En quelques années,  les données se sont retrouvées au cœur de la vie publique. Ouvertes et/ou massives,
présentées comme des ressources naturelles, elles sont rarement questionnées en tant que telles, mais toujours au nom des révolutions politiques, scientifiques et économiques que leurs usages et leurs traitements permettraient. Dans cette présentation, je reviendrai sur les différents postulats de cette euphorie contemporaine, et je montrerai à partir d’un rapide retour historique et de deux études de cas (l’une sur l’open data, l’autre sur la production de données de cyclabilité) l’intérêt de questionner le travail qui préside à l’existence même des données ainsi que les formes de son invisibilisation.

1ère séance publique du séminaire “Artefacts numériques et matérialités” : Paul Smart, “Minds Online: Cognitive Extension and the Web”

Nous aurons le plaisir d’accueillir Paul Smart (Faculty of Physical Sciences and Engineering, University of Southampton) le 7 janvier prochain à Nice, à la MSHS Sud-Est (14h00, salle 129), pour ce qui constitue la première séance publique du cycle de séminaires joints UNS-Inria « Artéfacts numérique et matérialités » organisé par Lise Arena (UNS, Gredeg), Bernard Conein (UNS, Gredeg) et Alexandre Monnin (Inria, Wimmics) dans le cadre du programme « Artefacts et coordination » de l’axe 2 de la MSHS.

Intitulée “Minds Online: Cognitive Extension and the Web”, l’intervention de Paul Smart examinera divers aspects de la thèse de l’esprit étendu (extended mind) à l’aune de dispositifs numériques dont le développement a accompagné l’essor du Web.

http://mshs.unice.fr/?p=6725

Résumé :

In the two decades since its invention, the World Wide Web has emerged as the primary application of the Internet. Its growth and popularity have exerted a significant influence on almost every sphere of human activity. From socializing to software development and from shopping to social change, practically every form of human endeavour now seems to have been affected, at least to some extent, by the advent of the Web. In view of all this, it is natural to wonder about the effects of the Web on our cognitive and epistemic profiles. Does the Web serve as the basis for a profound transformation of our cognitive and epistemic capabilities, perhaps leading to a state-of-affairs in which the limits of what we know and what we can do is limited only by what our digital networks make available? Alternatively, does the Web threaten to undermine our cognitive capabilities and epistemic standing, thereby diminishing our status as cognitive and epistemic agents? One way of approaching these questions is to look at the Web through the conceptual lenses of distributed and extended cognition. Given that both distributed and extended cognition see cognition as sometimes supervening on elements of the bio-external technological and social environment, we can ask to what extent the Web (and its associated technologies) support the emergence of extended cognitive systems whose capabilities (perhaps) surpass those of individual human agents.

In this talk, I will draw attention to three kinds of cognitive extension that are supported by the Web, and which therefore yield three kinds of (Web-based) extended cognitive system. The first kind of cognitive extension is based around the claim that the technological and informational elements of the Web (and Web-enabled devices) can, on occasion, lead to forms of extended cognition centred on individual human agents. This is the form of cognitive extension that has received the most attention from philosophers and Web scientists. In addition, to reviewing some of the ways in which a number of emerging Web technologies may support extended cognition, I will also attempt to highlight some of the ways in which issues of Web-extended cognition impact on debates in contemporary epistemology, especially those regarding our status as ‘extended knowers’.

A second form of cognitive extension has also been the focus of recent empirical and theoretical attention in the cognitive scientific and philosophical literature. This is the idea that the Web serves as a platform for the emergence of distributed (or collective) cognitive systems. Here, I will consider recent ideas relating to the notion of social machines and the global brain, both of which emphasize the role of the Web (and Internet) in the realization of socially-distributed forms of intelligence. In making this analysis, I will draw attention to a recent view of intelligence that goes under the heading of mandevillian intelligence. Some technologies, I suggest, may work to degrade the capabilities of individual agents while simultaneously enhancing the capabilities of collective cognitive systems. Such claims encourage us to view our traditional concepts of cognitive/epistemic vice and virtue as relative to particular kinds of (extended) cognitive system: some forms of technology, I suggest, can help to transform what appears to be an individual cognitive vice into something that more closely resembles a collective cognitive virtue. This has a number of implications for how we view the epistemic impact of (e.g.) Web search technologies.

Finally, I will introduce the notion of human-extended machine cognition, a novel form of cognitive extension that has not been discussed in the philosophical literature. The core idea, here, is that the Web provides a mechanism by which human agents can be incorporated into globally-distributed information networks that realize various forms of machine intelligence. Such forms of incorporation enable us to think of human biological agents as themselves the material elements of extended cognitive processes that are initiated, sustained and controlled by the next generation of intelligent systems.

Alexandre Monnin's Web and Philosophy scientific events website