Intervention à la journée Dariah (TGIR Huma-Num), 27/11/2013

J’ai le plaisir d’intervenir lors de la journée Dariah du 27 novembre prochain intitulée : “Construire des vocabulaires à l’échelle de l’Europe Référentiels, thésaurus et ontologies pour les humanités numériques“. Organisée par la TGIR Huma-Num, elle s’intéresse cette année à la question des ontologies. Un tel rapprochement entre Humanités numériques et Linked Data est d’autant plus souhaitable qu’il n’est pas fréquent dans le paysage français, je me réjouis donc d’ouvrir la discussion. A noter l’intervention de Thibault Grouas (MCC, DGLFLF), qui reviendra sur la plate-forme SémanticPedia, le DBpedia francophone et le chantier “Sémantisation” du Ministère de la Culture.

Mon intervention s’intitule :

Une archéologie en tension du Web Sémantique et des ontologies. De la Métaphysique au Web en passant par l’Intelligence Artificielle.

Résumé :

Nous souhaitons, au cours de cette présentation, rappeler les diverses traditions dont le Web Sémantique (aujourd’hui repensé sous les auspices d’un Web « de données ») est issu. La connexion entre l’Intelligence Artificielle et la tradition aristotélicienne a déjà été rappelée, dans ce contexte, par Nigel Shadbolt. De même que les liens tout à fait évidents rapprochant l’IA du Web Sémantique. Néanmoins, il reste beaucoup à dire pour mieux comprendre comment et pourquoi le mot « ontologie » en est venu à prendre une place centrale depuis une quinzaine d’années. Ainsi est-il nécessaire de remonter aux origines du projet métaphysique naturaliste des Grecs, en passant par l’invention du mot « ontologie » à l’orée du XVIIe siècle, jusqu’à la révolution que connut la logique au début du XXe siècle. Celle-ci aboutit à de nouveaux programmes de recherche visant à penser la jonction entre « la logique et le monde sensible » (J. Vuillemin), culminant dans la reprise en 1980 par John McCarthy, fondateur de l’intelligence artificielle, du mot « ontologie », fruit d’un emprunt au philosophe américain Willard van Orman Quine, déjà responsable du retour en grâce de ces questions sur la scène philosophique au milieu du siècle dernier. La boucle était ainsi bouclée. Cette histoire demeurerait toutefois incomplète si l’on oubliait purement et simplement ce qui, aujourd’hui, rend pertinente la reprise de l’IA au travers des ontologies, à savoir le Web. Autrement dit, une plate-forme de publication. En rappelant les spécificités de son architecture, nous serons amenés à mieux comprendre l’évolution vers le Web de données à travers l’initiative Linked Open Data, pour finalement repenser l’ontologie à sa mesure.

A “conflicting archeology” of the Semantic Web and Ontologies. From Metaphysics to the Web, including AI.

Résumé :

In this presentation, we would like to clearly shed some light on the various traditions from which the Semantic Web (now conceptualized as a Web of Data) emerged. The connection between AI and the Aristotelian tradition, and AI and the Semantic web, has already been made in this context by Nigel Shadbolt. Yet, much remains to be said in order to understand how and why the use of the word “ontology” became so paramount during the last 15 years. From the metaphysical and naturalist project of the Greeks, to the coinage of the word “ontology” at the dusk of the XVIIth century, the revolution in logic at the beginning of the XXth century led to a whole new way of understanding philosophy as a means to intertwine “logics and the sensible world” (J. Vuillemin). It was famously exemplified by AI, whose founder John McCarthy borrowed the word “ontology” from the one philosopher responsible for putting ontology back in philosophy, Willard van Orman Quine. Such a story would nevertheless remain incomplete if one did not take into account what made AI and ontologies relevant, namely the Web. In other words, a publishing platform. A quick glance at the architecture of the Web will explain the evolution towards a Web of data within the Linked Open Data initiative. Therefrom, at last, the meaning of “ontology” on the Web will become clearer.